Page généré le 29/11/2022 02:25:44
Page généré le 28/11/2022 18:20:25

La Rentrée Gallimard

Publié le 19/08/2022
Littérature étrangère
"Mon cher mari", Rumena Bužarovska, 9782072951770

Dans "Mon cher mari", Rumena Bužarovska fait résonner un chœur de voix de femmes, où chacune se livre sans tabou au sujet de son époux.
Adultère ou machiste, prétentieux ou impuissant, l’homme de chaque couple est décrit par sa compagne dans une situation quotidienne qui révèle l’étendue du patriarcat. Mais les femmes entendues sont elles aussi concernées par la lâcheté, l’aveuglement volontaire et les renoncements inavouables : personne n’est épargné dans ce tableau à la fois désopilant et terrible des rôles attribués par la société.
Pointant les limites sociales comme intimes de notre discours sur le couple, cette redoutable peinture qui fait passer du rire aux larmes renouvelle la fiction féministe en égratignant tout le monde. Sur un fil d’équilibriste entre ironie décapante et tragique de la banalité conjugale, Rumena Bužarovska interroge de son irrésistible talent chaque rouage du vaste jeu
de l’amour et du mariage.

"La dépendance", Rachel Cusk, 9782072985614

M, la narratrice,est une romancière entre deux âges qui n’écrit plus grand-chose. Elle s’est isolée du monde en s’installant avec son second mari Tony dans un sublime lieu peu accessible. Baignée d’une lumière spectaculaire, leur maison est entourée de marais, avec l’océan à l’horizon. Sur leur terrain, le couple possède aussi une dépendance refaite à neuf par leurs soins. Ce lieu est voulu comme une résidence d’artistes, et M n’a qu’un rêve : y accueillir L, un peintre à la renommée mondiale qu’elle admire.
Après plusieurs refus, L accepte soudain l’invitation quand un cataclysme mondial voit le jour. M est aux anges cependant elle déchante vite lorsque L arrive en fin, mais accompagné d’une jeune fiancée qui s’avère rapidement très irritante. La fille de M et son compagnon ont également débarqué entre-temps. Ces six personnages vont devoir cohabiter dans un
cadre certes spectaculaire, mais qui va rapidement devenir le théâtre de multiples tensions.
D’une plume ciselée et détonante, Rachel Cusk crée un huis-clos piquant et fascinant qui se déploie uniquement à travers le flot de pensées de M, Mrs Dalloway des temps modernes. Entre désirs étouffés, orgueil artistique et illusions déçues, La dépendance décortique avec beaucoup de malice le grand éventail des rapports humains et la légitimité de la vocation
artistique.

"Les Vainqueurs", Roy Jacobsen, 9782072943645

« Alors oui, ici, il y a des histoires, un tas d’histoires, mais pas du genre qui s’entassent dans les livres et les bibliothèques, qui se lisent et qui durent, qui passent de génération en génération, non, ici, les mots sont arrachés par le vent à l’instant où ils sont prononcés. »
Les vainqueurs suivent la vie d’une famille emblématique de la Norvège, de la côte du Helgeland à l’été 1927, jusqu’à Oslo au printemps 1990. La première partie raconte la vie de Marta, et de son père Johan, petit paysan-pêcheur sur l’île de Herøy, une existence marquée par le labeur incessant dans un milieu hostile, battu par les éléments. La misère le contraint de placer sa fille comme domestique chez une riche famille d’Oslo, qui choisira la collaboration. Ensuite, Rogern, un des fils de Marta, est le narrateur de la seconde partie du roman. Le gamin qui grandit dans la cité d’Årvoll pose un regard aussi vif que truculent sur le bond monumental fait par le pays au cours d’un demi-siècle. Paru en 1991, ce roman a connu un immense succès critique et public, et il est unanimement considéré comme un classique de la littérature norvégienne, un livre qui définit une génération.
Les vainqueurs présentent de nombreux éléments qui marqueront toute l’œuvre de Roy Jacobsen, du Prodige (2014) à la série consacrée à Ingrid Barrøy. On retrouve ici tout le talent de l’auteur, qui sait si bien mêler la vision d’ensemble et le sens du détail pour rendre la grande Histoire et les destins de gens modestes.

"La ligne de nage", Julie Otsuka, 9782072958588

Dix ans après le succès public et critique de "Certaines n’avaient jamais vu la mer", le bouleversant nouveau roman de Julie Otsuka, tout juste paru aux États-Unis, est unanimement salué par la presse.
Ils se retrouvent régulièrement « là en bas » où ils oublient leurs soucis de « là-haut ». Une communauté de nageurs et nageuses passionnés, obsessionnels, avec leur code de conduite, leurs manies et leur amour commun pour « leur » piscine couverte. Alice est l’une d’eux, rassurée par sa ligne de nage, elle si confuse là-haut : sa mémoire commence à sérieusement flancher. Un jour funeste, une fissure apparaît au fond du bassin, suscitant diverses angoisses. Quelques mois plus tard, la piscine ferme. Réduite à la vie en surface, Alice sombre. La voix de sa fille s’élève, égrenant ce qu’Alice a oublié, ce dont elle se souvient encore. Puis Alice est remisée dans une version américaine d’Ephad. Un enfermement, au propre et au figuré, à la fois poignant et tragiquement humoristique.
Jusqu’à l’inéluctable fin qui libère les souvenirs de la narratrice, apportant un éclairage à la fois tendre et cru sur les relations mère-fille.

"Les Belles", Giuseppe Antonio Borgese, 9782072995248

« A Mégara on met encore des œillets au balcon, et les femmes portent des robes longues ; c'est pour cette raison que la simple vision d'une cheville fait littéralement trembler les jeunes gens. Mais ceci arrive rarement, car elles sont prudentes et surveillées ; et elles se surveillent elles-mêmes ;et s'il pleut, elles préfèrent rentrer à la maison avec l'ourlet de leur robe maculé de boue que d'avoir les bas mordus par des regards chauds comme des baisers »
Admirables portraits de femmes prises aux pièges de l’amour "Les Belles" dessine les contours de passions faites de promesses et de mélancolie. Dix-huit nouvelles dans lesquelles les femmes luttent et échappent aux carcans de la famille, de la société, et de leurs amants, et subissent de plein fouet l’exaltation déchirante de la vie. Avec le génie de la simplicité, Borgese révèle l'universalité du mal d'aimer et les tragiques alibis du cœur.
Dans une langue admirable, à la fois géniale, sobre et voluptueuse, l’auteur nous dit toutes les nuances de l'érotisme, avec en toile de fond les couleurs changeantes de l’Italie.
Cet ouvrage, au sommet des formes courtes de l’auteur, offre l’occasion de redécouvrir l’œuvre du poète, romancier, nouvelliste, dramaturge et critique italien. Celui qui avait jusqu'à ses cinquante ans été reconnu comme un intellectuel brillant, doit s’exiler aux États-Unis en 1931 et lutte contre la montée du fascisme, notamment avec Goliath (1937).

Littérature étrangère - Gallimard