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Les parutions du mois de mars chez Stock

Publié le 19/02/2022
De la fiction et des essais
Une vie possible de Line Papin
« Si être une femme ne signifie pas être enceinte, être enceinte m’a rappelé que j’étais une femme. »
Line a vingt-quatre ans, et pour la première fois de sa vie, elle tombe enceinte. Quelle joie, se dit-elle, et quelle surprise : dans son ventre, il y a deux poches, des jumeaux. Tandis que la pandémie plonge le monde dans la crainte et dans la mort, Line observe son corps se transformer pour créer deux avenirs. À ses yeux, tout est un rêve : elle découvre le territoire inconnu
de la maternité. Pourtant, à la clinique, on lui apprend bientôt que les fœtus n’ont pas tenu. Il faut les retirer.
Cette interruption de grossesse bouscule tout : son esprit, son corps, son couple. Elle prend conscience de la fragilité de nos vies, du hasard de nos naissances et du silence qui entoure les femmes.
De retour à Paris, un an plus tard, elle est de nouveau enceinte. Au fond d’elle, Line sent qu’elle a changé. L’allégresse et la candeur de la première fois sont remplacées par une grande détresse. Elle se sent incapable de porter la vie et de donner naissance à un être dans une telle angoisse. Elle décide d’avorter.
Naître ou ne pas naître ? Mettre au monde ou refuser de mettre au monde ? Et dans quel monde ? Quelle vie peut-on transmettre ? Ce sont autant d’interrogations qu’aborde ce récit, qui questionne aussi la place des femmes dans la société, la responsabilité qui leur incombe et le tabou qui les muselle, les lois qui les contraignent et la culpabilité qui les prenne... Le lien entre la naissance et la mort semble aussi ténu que celui qui relie le possible à l’impossible.
Avec cette plume à la fois pudique et photographique, Line Papin signe son émouvant retour à l’autofiction. Un texte littéraire sobre et puissant, dans la droite lignée des Os des filles.
9782234092860

Passage du cyclone
de Jennifer Lesieur
Tahiti est un paradis soumis à des cyclones soufflant parfois à plus de 200km/h. Et tout le monde en a peur : peur des bourrasques qui arrachent les toits, les arbres, les voitures, le foyer soudain envolé. Cette peur n’échappe pas à la préadolescente de ce roman. Dans ce qu’elle voit et ce qu’elle entend, elle ressent cette stupeur du paradis ravagé, cette violence touchant ce peuple si attachant. Pourtant, lorsque passe le cyclone, elle se sait protégée par son statut privilégié de métropolitaine expatriée, abritée dans une maison solide. Tout est en ordre, ses affaires de classe reposent dans sa chambre et les provisions d’eau attendent dans la cuisine. Mais quelque chose chuchote au dehors et à l’intérieur d’elle-même.
Son collège concentre la disparité de la jeunesse polynésienne : enfants venus de métropole, Chinois, métis et autochtones. L’adolescente y a ses trois meilleures amies, indéfectiblement soudées par des journées en classe où les différences sociales s’oublient très vite. Parmi elles, Tumata, à la douceur mélancolique, qui évite de répondre aux questions intimes, porte de trop grands tee-shirts couvrant toute sa peau. Un jour, elle disparaît, confrontée à son terrible secret, son propre cyclone.
Passage du cyclone est un roman d’apprentissage qui dit l’enchantement d’une île légendaire, et la violence qui lui est inextricablement mêlée. Chaque page respire la puissance du dépaysement, le trouble face aux non-dits derrière les sourires, la richesse de l’île et sa précarité sociale. Jennifer Lesieur, qui a vécu à Tahiti, évite tous les clichés pour raconter cet éveil
sensoriel dans cette transition entre enfance et adolescence, dans une Polynésie saturée de couleurs, d’odeurs, mais où le soleil et la misère brûlent.
9782234091313

Et soudain tout s’éteint
de David Belliard
« Pourtant, tu savais à quel point il m’avait été difficile de devenir candidat à la Mairie de Paris. Était-ce d’ailleurs bien l’ordre des choses, quand on est enfant de femme de ménage, enfant de rien, sans héritage, homosexuel de surcroît ? Tout cela, oui, tu le savais. Tu en avais même durant toutes ces années façonné le désir, celui de la fuite et du rêve d’un autre monde. Ce que je réalisais alors, c’était aussi un peu de toi.
Et pourtant, c’est ce moment que tu as choisi pour me dire que tu allais mourir. Alors oui, quand j’ai appris en ce début de campagne électorale que tu avais une tumeur au cerveau et qu’il ne te restait qu’une poignée de mois à vivre, durant quelques instants, je n’ai pu étouffer ma colère à ton encontre. Rends-toi compte ! Au moment où je croyais me libérer des
chaînes de notre milieu, tu cherchais à m’y ramener avec la tragédie de ta mort certaine. Durant chaque meeting, tu étais dans un coin de ma tête, ton visage, les bribes de l’enfance, et cette peur panique, maman va mourir, et je ne suis pas là. Dans les trains qui me faisaient osciller entre Paris et Vesoul, dans le fatras de la vie publique, dans le silence de l’attente assis sur le bord de ton lit, à te donner à manger, à te regarder partir. Maman va mourir, et je ne suis pas vraiment là, je me répétais dans ce tourbillon qui n’en finissait pas.
Puis Maman est morte, et plus rien, ou si peu. Alors, je t’ai écrit, pour retrouver ces souvenirs que j’ai voulu oublier, cette famille que j’ai voulu fuir, le désir de tout effacer et celui de ne pas vous perdre, pour te retrouver, toi. »
Cette lettre que David Belliard nous donne à lire, c’est l’espace-temps entre l’enfant et l’adulte, le trajet entre la Haute-Saône et Paris, le tiraillement entre deux mondes. C’est l’espace que laisse la maladie pour les souvenirs doux et abrupts parfois, et les derniers mots, sans fard, poignants. Une magnifique déclaration.
9782234092556

Olympe, mauvaise graine
de Marine Westphal
Olympe, mauvaise graine a tout du conte. Un univers onirique, fantaisiste, noir, qui trouve l’éclaircie. Des personnages très attachants ou parfaitement rebutants. Une langue imagée, captivante. Un contexte contemporain mais dont l’imagination s’affranchit aussitôt. Et d’abord, une enfant.
Olympe est orpheline. Elle grandit parmi les malfrats. Son prénom, Olympe, lui a été donné par Luis, le patron, qui l’a trouvée bébé dans un carton d’appareils photo Olympus. Pour survivre, il faut voler. Elle apprend le silence, la bagarre, la solidarité – rare –, la trahison – récurrente. Un jour Luis, piégé par une autre bande, meurt. S’ouvre alors une page de violence tous azimuts. Les flics. L’hôpital. Et alors qu’Olympe erre dans sa chambre intubée et solitaire, arrive un étrange homme, un homme dont la peau semble faite d’écorce d’arbre, qui répare les plantes en danger, et qui va soigner cette « mauvaise graine ». Fuite de l’imagination ? Rêverie de réparation ? Une odyssée improbable et initiatique s’engage. Vers d’autres contrées, vers la liberté.
Un roman porté par une écriture poétique, qui rappelle Boris Vian, Edward aux mains d’argent, un Miyazaki foutraque dans un univers pluvieux et industriel, Chihiro chez les Triplettes de Belleville.
9782234087583

Le musée national
de Diane Mazloum
Quelle idée d’aller passer une nuit de décembre 2020 dans ce musée-là !
Le Musée National de Beyrouth se situe sur la ligne de démarcation qui fut la frontière visible, meurtrière, dite « la ligne verte » par la luxuriance de la végétation, entre Beyrouth-Est et Beyrouth-Ouest, tout au long de la guerre civile, laquelle dura 15 ans, si l’on admet même que la guerre est aujourd’hui achevée.
Diane Mazloum, romancière qui aime l’imagination et le passé récent. Elle n’aurait sans doute pas dû se frotter à la matière historique, sédimentée, confetti d’empires disparus, qui veille sous les murs et s’agrippe aux cryptes du seul musée qui fait office de mémoire au Liban.
Musée d’une nation ou de l’absence d’une nation ?
Par quel miracle ce temple qui abrite les trésors des civilisations disparues, des Égyptiens aux Babyloniens, des Byzantins aux Mamelouks, a-t-il pu survivre aux assauts de la brutalité des hommes ?
Ici, c’est un franc-tireur qui creusa un trou dans le mur pour y viser le passant dont la tête éclatera. Là, ce sont les soldats israéliens qui se réchauffèrent à un brasier aux pieds noircis du Colosse. Ici, c’est une statuette en équilibre que le souffle de l’explosion du 4 août 2020 a fait dévier de son axe ? Là, ce sont les 31 statues aux yeux tournés vers l’intérieur qui semblent plus vivantes que les vivants du dehors ?
La romancière n’aime pas le passé lointain. Mais elle se rend compte, dans cet émouvant récit griffé de vérités, que de Rome à Beyrouth, c’est le passé qui fait le présent, c’est l’ombre des morts qui recouvre la pauvre existence des vivants et l’illumine.
« Le Liban est celui à qui l’avenir arrive le premier » écrit Dominique Eddé. Alors, si cette phrase est vraie, cette nuit au musée, une nuit qui s’étend jusqu’au jour, sera peut-être le livre que la romancière ne voulait pas écrire sur la fin de nos civilisations. Mais qui s’est imposé à elle.
9782234092242

Les gardiens du phare
de Emma Stonex
Au cœur de l’hiver 1972, une barque brave la mer déchaînée pour rejoindre le phare du Maiden Rock, à plusieurs milles de la côte de Cornouailles. À son bord se trouve la relève tant attendue par les gardiens. Mais, quand elle accoste enfin, personne ne vient à leur rencontre. Le phare est vide. La porte d’entrée est verrouillée de l’intérieur, les deux horloges sont arrêtées à la même heure, la table est dressée pour un repas qui n’a jamais été servi et le registre météo décrit une tempête qui n’a étrangement pas eu lieu.
Arthur Black, le gardien-chef de la Maiden, Bill Walker son irréprochable second et Vince, le petit nouveau, se sont volatilisés.
Vingt ans plus tard, alors que la mer semble avoir englouti pour toujours leurs fantômes, les veuves des trois hommes, Helen, Jenny et Michelle, ne peuvent oublier cette tragédie. Au lieu d’être unies dans le deuil et le chagrin, elles ne cessent de se déchirer, accablées par le poids de silences, de rancœurs et de remords bien trop lourds pour enfin tourner la page.
Jusqu’au jour où un écrivain à succès les approche. Il veut entendre leurs versions de l’histoire et tenter de percer le mystère du Maiden Rock. Petit à petit, le vernis se
craquelle, le sel de la mer envahit le présent, et les secrets profondément enfouis refont surface...
Entremêlant le récit des derniers jours d’Arthur, Bill et Vince et les voix des femmes qu’ils ont laissées derrière eux, Les Gardiens du phare est un roman psychologique à couper le souffle. Une inoubliable histoire d’obsession et de solitude, d’amitié et de chagrin, qui explore la façon dont nos peurs brouillent la frontière entre le réel et l’imaginaire.
9782234090095

Le mystère Lindbergh
de Benoît Heimermann
De Charles Lindbergh (1902-1974), on connaît l’exploit aérien, les 33 heures d’audace qui lui ont permis de relier New York et Paris, en 1927, aux commandes d’un engin improbable. Son accueil grandiose, sa notoriété instantanée, la reconnaissance planétaire. Sa redescente sur terre sera plus périlleuse, de l’assassinat de son fils à ses choix politiques hasardeux, ses partis-pris indéfendables et même, par-delà sa mort, ses innombrables femmes illégitimes et enfants adultérins.
Le mystère réside dans cette bascule, ce revirement qui s’opéra en France, sur les côtes du Trégor breton, où le vainqueur de l’Atlantique posséda un temps une île et où il fréquenta assidument Alexis Carrel certes chirurgien d’exception mais aussi promoteur convaincu des théories eugénistes.
Au terme d’une enquête au long cours menée à partir de cette rencontre improbable – de ses conséquences funestes et de ses regrets éventuels –, Benoît Heimermann s’est évertué à comprendre les raisons de cet étonnant changement de cap et ce qui, d’une manière plus générale, commande l’aiguillage...
Charles Lindbergh est toujours d’actualité. Dernièrement le roman de Philip Roth (Le Complot contre l’Amérique) et la série diffusée sur la plate-forme OCS (même titre) ont remis ce sujet au goût du jour.
Les rapports Lindbergh-Carrel ont très peu été étudiés et l’épisode « breton » de la vie de Lindbergh jamais vraiment rapporté.
Plus qu’une enquête stricto sensu, Le Mystère Lindbergh est une réflexion sur la manipulation et la fascination, l’emprise et la faiblesse, la naïveté et la conviction.
9782234092259

Le silence et le bruit
de Hélène Cohen
« Mon père n’était pas croyant. Pourquoi ma mère a-t-elle alors tenu à cet enterrement religieux ? La réponse, je ne tarde pas à la découvrir. Sur la pierre tombale, à côté du nom de mon père, elle a fait graver ces mots :
À la mémoire de
Mimoun COHEN son père
Yvonne COHEN sa mère
Colette COHEN sa sœur
Jean-Jacques SICSIC son beau-frère
disparus en juin 1962 en Algérie
Et de Régine COHEN sa sœur

Figés dans le marbre, ils hurlent comme des nouveau-nés. Et moi, j’ai l’impression de me réveiller d’un long coma. Colette, Yvonne, Mimoun, Jean-Jacques. Yvonne, Mimoun, Jean-Jacques, Colette. 
J’ignorais que mon père avait une sœur, une sœur qui s’appelait Colette. Colette, Yvonne, Mimoun, Jean-Jacques. Yvonne, Mimoun, Jean-Jacques, Colette.
J’ai beau répéter ces noms comme un mantra, rien ne se passe, ils ne convoquent aucune image, aucun souvenir. Seulement un incommensurable étonnement.
Pourquoi n’ai-je jamais entendu parler d’eux ?
Disparus en Algérie. Qu’est-ce que ça veut dire, disparus ? Qu’est-il arrivé à mes grands-parents, leur fille et leur gendre, là-bas, en Algérie ? »
C’est donc lors de l’enterrement de son père qu’Hélène Cohen découvre l’existence en même temps que la disparition d’une partie de sa famille.
Juifs algériens, ils sont quatre à être partis et jamais revenus, quelques jours avant la déclaration d’indépendance. Comme ramenée à elle-même par cette découverte,
l’autrice décide de plonger dans les méandres du secret familial et d’interroger les survivants pour enfin comprendre et connaître les morts.
Une enquête poignante au cœur d’un déni familial qui fait écho l’un des épisodes les moins connus de la guerre d’Algérie : la disparition d’une centaine d’Européens
malgré la signature des accords d’Évian.
9782234092907

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